
Dans son étude récente, l’ADEME s’attache à une réalité mal connue et mal mesurée. La marche, loin d’être un mode de déplacement mineur, est un source de bénéfices socio-économiques multiples. Elle est même chiffrés à 57 milliards d’euros de bénéfices nets par an pour la France.
Cette observation ouvre des pistes très pertinentes pour le secteur culturel. Les structures artistiques et culturelles peuvent non seulement participer à cet enjeu de mobilité active, mais aussi en tirer des co-bénéfices concrets. (Réduction des émissions, renforcement de la proximité, diminution du bruit, des embouteillages et de la pollution atmosphérique des émissions (1,2 million de tonnes de CO₂ évitées) et de la pollution (≈ 4 milliards € d’équivalent bénéfice), gouvernance territoriale). Elles peuvent également participer ou inspirer du changement au niveau local.
Pourquoi la marche ? Une vraie liberté, et plus encore
Parmi les atouts de la marche, l’ADEME relève notamment :
- L’amélioration de la santé globale et la réduction de maladies chroniques (bénéfice de 16,7 milliards € / an pour la société)
- L’allègement des charges pour les collectivités : moins de voirie à entretenir, moins de nuisances automobiles (7,5 milliards € estimés)
- La diminution du bruit, des embouteillages et de la pollution atmosphérique des émissions (1,2 million de tonnes de CO₂ évitées) et de la pollution (≈ 4 milliards € d’équivalent bénéfice)
- Et un point qui peut plus particulièrement concerner le secteur culturel : « La marche, c’est aussi une question d’autonomie et de liberté. Dans les villes où l’on peut se déplacer à pied en sécurité : les enfants vont seuls à l’école, les personnes âgées sortent plus facilement, les familles économisent temps et carburant. »
L’automobile nous est souvent présentée comme le symbole de liberté : « je vais où je veux, quand je veux ». En réalité, la voiture enferme : embouteillages, stationnement, coûts, dépendance énergétique. En revanche, la marche offre une liberté inclusive, accessible à tous et toutes, indépendante du coût du carburant. Elle est silencieuse, de proximité, respectueuse de l’environnement et solidaire, car elle facilite l’accès des plus vulnérables (jeunes, aînés, familles) à l’espace public et à la culture.
Comment les structures culturelles peuvent s’emparer de cette question?
Pour une association culturelle ou un lieu de diffusion, s’inscrire dans cette dynamique de marche donne plusieurs axes d’action :
- Aménagement de l’accès piéton : favoriser l’arrivée à pied, sécuriser les cheminements, signaler l’entrée depuis les circulations douces. Cela peut devenir un argument d’accueil : « venez sans voiture »
- Programmes de médiation et d’éducation : proposer des « marches culturelles accompagnées » qui relient le lieu culturel aux quartiers environnants, en valorisant la mobilité active comme part de l’expérience
- Partenariats territoriaux : avec les collectivités, les écoles, les associations de quartier pour créer, à l’image des rues scolaires, des « rues culturelles » autour du lieu, ou des temps de piétonisation ponctuels (avant-soirée, sortie d’atelier)
- Communication : valoriser ce choix dans le discours de la structure : « accessible à pied en 5 min depuis … », « venez sans voiture », comme le fait par exemple la M3Q à Poitiers
- Événements « mobilité douce » : organiser à l’occasion d’un vernissage ou d’un festival une invitation à arriver à pied ou en mobilité active, avec un petit bonus (boisson locale, tarif préférentiel) pour inciter ce choix.
Exemple concret : la ville de Bordeaux a multiplié les rues piétonnes et zones apaisées, et a constaté une hausse des déplacements à pied (représentant 29 à 42 % des déplacements selon les secteurs). Une structure culturelle implantée au cœur de ce type de zone peut bénéficier de l’augmentation des flux piétons.
Et la marche en milieu rural ?
Dans ce contexte rural, la question de la marche peut sembler moins évidente (distances plus grandes, infrastructures moins denses). Mais elle recèle des potentiels intéressants :
- Raccordement au “dernier kilomètre” : Pour une maison de la culture, un relais ou un théâtre en zone rurale, encourager les habitants à se rendre à pied depuis le centre-bourg ou la halte de transport en commun donne un vrai signal d’ouverture. Des “pédibus” peuvent même être mis en place.
- Temps culture et balade : On peut proposer des « promenades culturelles » qui débutent à pied de la structure, longent un chemin pédestre ou une voie verte, et mènent à un atelier ou une lecture en plein air. Cela rend l’activité plus immersive.
- Nécessité de réaménagement de l’espace public rural : trottoirs accessibles, signalisation piétonne, traversées sécurisées des axes départementaux, qui renforcent l’accessibilité à pied de la structure.
- Valorisation touristique et patrimoniale : la marche peut être un levier d’attractivité pour un lieu culturel rural : relier la structure à un sentier patrimoine, proposer un accueil « piéton » des visiteurs, intégrer la mobilité douce à l’offre culturelle.
Quelques exemples
- Le spectacle Fuguer or not fuguer, de la Cie Sélénote, proposé par le Festival Ah en Deux-Sèvres. Un spectacle qui parle de marche et de paternité… Le lendemain matin de chaque spectacle, David Sire repart à pied vers le lieu suivant. Ceux qui le souhaitent peuvent randonner avec lui…
- L’association ADDES : Des randos de légende, dans les Monts d’Arrée (29), mêle marche, nature, culture et imaginaires…
- Le projet européen rurallure : Son ambition, mettre en valeur les musées ruraux et les sites patrimoniaux situés le long de grands itinéraires de marche/pèlerinage, pour en faire des haltes culturelles, des lieux d’accueil pour des publics en transit, des piétons ou randonneurs
D’ailleurs nous sommes à la recherche de retours d’expérience en France ou en Europe, d’associations culturelles qui auraient utilisé le pédibus ou le co-piétonnage dans un cadre non scolaire (événements, festivals, ateliers…). Vous en connaissez ?
Conclusion
Pour les structures culturelles engagées dans la transition écologique, au-delà d’un mode de déplacement alternatif, la marche peut s’intégrer dans une stratégie de cohésion, de proximité, de réduction des impacts, et de dynamisation territoriale. Elle peut encourager le lien entre le lieu culturel et son territoire, inscrivant le projet culturel en résonance avec l’espace public, la mobilité active et le bien-être collectif.
